20 janvier 2016

Le cours du baril sous les 30$

Depuis juin 2014, le cours du baril de Brent n’a cessé de chuter, passant de plus de 80$ à moins de 30$. Le WTI a connu une évolution similaire. Ce phénomène s’explique principalement par une surproduction d’environ 2 millions de barils par jour qui va continuer à s’accroître avec la levée des sanctions contre l’Iran. L’État perse va ainsi augmenter sa capacité de production immédiate de 500 000 barils par jour, soit 3.3 millions de barils par jour. Et il annonce déjà une deuxième augmentation de 500 000 barils par jour d’ici six mois, espérant dépasser les 4 millions en fin d’année. La situation de surproduction est aujourd’hui telle qu’il devient moins coûteux d’utiliser les super tankers comme site de stockage en pleine mer.

À cela s’ajoute un hiver doux, donc faiblement énergivore, et une OPEP défaillante. Le cartel du pétrole n’a pas réussi à se mettre d’accord pour réduire sa production et faire remonter les cours. Nombre de ses membres comme l’Algérie, le Nigéria ou le Venezuela connaissent une situation politique très tendue. Marqués par une forte dépendance au pétrole, un contexte géopolitique délicat et une situation intérieure explosive, ces pays n’ont aucune marge de manœuvre pour réduire leur production de manière significative, ce qui permettrait de faire remonter les cours.

Le rôle clef de l’Arabie Saoudite

Habituellement, au sein de l’OPEP , l’Arabie Saoudite assure le rôle de régulateur. Ses réserves considérables, sa production conséquente (12 millions de barils / jour à son maximum) et son prix de revient extrêmement bas (moins de 10$ sur Ghawar, site onshore qui produit plus de 5 millions de baril par jour) lui permettent de jouer ce rôle d’amortisseur. Mais le Royaume se situe à un carrefour géopolitique complexe. La menace Daech, la défaillance du soutien américain dans l’épisode des Printemps Arabes et l’antagonisme avec l’Iran, rival chiite de la région, l’incite à ne faire aucun cadeau aux autres pays producteurs de pétrole sans obtenir de sérieuses contreparties.

La première conséquence d’un baril aussi bas est le gèle des investissements, qui à terme va restreindre la production. Mécaniquement, le baril repartira à la hausse quand les stocks et la production diminueront. Tout le problème est de savoir quand ce moment interviendra. Une telle reprise peut par ailleurs s’accélérer ou ralentir selon le niveau de tension dans un pays exportateur. La défaite annoncée de Nicolas Maduro au Venezuela, un changement de régime en Algérie ou une aggravation des conflits aux Proche Orient pourraient en effet faciliter la remontée des cours. Inversement, un apaisement de ces mêmes tensions contribuerait à ralentir une reprise rendue toutefois inévitable à long terme par le gèle de tous les investissements dans le secteur.

infrastructures oil&gas de l'Arabie Saoudite

L’impact sur l’économie américaine, locomotive de la croissance mondiale 

Aux États-Unis, le risque de défaillance de nombre de producteurs de pétrole de schiste est important. De nombreuses banques, comme Citigroup et Wells Fargo ont déjà provisionné plus d’un milliard de dollars en vue de nombreux défauts de paiement. Le secteur du pétrole de schiste était à l’origine de la reprise américaine depuis deux ans, notamment en termes d’emplois et d’investissement. Paradoxalement, la baisse du cours du baril pourrait aussi avoir un effet récessif sur l’économie américaine et donc indirectement sur le reste du monde.


13 octobre 2015

La logique imprédictible du cours du baril

Le cours du baril de pétrole varie selon de nombreux facteurs. Il varie à la hausse quand l’offre se contracte, embargo sur un pays exportateur comme le Venezuela par exemple, ou que la demande augmente, cas d’une forte croissance de pays émergents comme la Chine ou l’Inde qui ont besoin de plus d’énergies pour augmenter leur production. A l’inverse, le cours du baril varie à la baisse quand l’offre augmente, découverte de nouveaux puits de pétrole de schiste aux Etats-Unis ou levée des sanctions contre l’Iran qui dispose de réserves considérables à un faible coût d’exploitation, ou que la demande baisse, crise économique dans les pays industriels.

A ces multiples facteurs, il faut en ajouter un autre, la devise dans laquelle est libellée le cours du baril : le dollar. Selon les variations de la monnaie américaine qui s’apprécie ou se déprécie par rapport au cours de l’euro, le baril coûte plus ou moins cher aux possesseurs d’euros. Ces facteurs multiples et difficilement quantifiables sont en permanence anticipés par les marchés. La somme de ces spéculations contribue également à former le prix du baril.

Le cours du baril est devenu depuis une quinzaine d’années, sous l’effet de l’intensification de la mondialisation, extrêmement volatile, passant par exemple de 140$ en juin 2008, à 41$ seulement 7 mois plus tard. Prévoir les variations du cours du baril est aujourd’hui totalement impossible pour les acteurs du marché, qui tous, petits et grands, s’adaptent à ces soubresauts. TVA Group ne fait bien sûr pas exception.

On observe cependant des cycles dont la durée et l’amplitude sont mal connues. Ainsi, quand le baril est au plus bas, les puits à forts coûts d’exploitation sont fermés car peu rentables. Personne ne vend un baril moins cher que ce qu’il lui a coûté à produire. L’offre de pétrole se trouve ainsi diminuée et les prix sont relancés à la hausse. A l’inverse, quand les prix atteignent un niveau plus élevé, les puits à forts coûts d’exploitation redeviennent rentables, ce qui a pour effet d’augmenter l’offre de pétrole et donc de tirer les prix vers le bas.